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Le Fils de l'Ogre - Henri Gougaud

Aujourd'hui pas d'image, même si j'ai pris la liberté d'illustrer ce texte par le Saturne dévorant son enfant de Goya, juste pour l'ambiance.

Le jeu du jour : choisir à son titre un roman inconnu dans la bibliothèque, en tirer quatre phrases et bâtir un texte autour.

Les phrases du livre d'Henri Gougaud (que je n'ai donc pas lu) sont en italique dans le texte ci-dessous.

Le titre est donc Le Fils de l'Ogre.


***


Le Père était dans le patio. Il avait fini ses comptes et referma le livre relié de cuir brun. « Tout est en ordre, se dit-il, et j'ai bougrement faim. Fils, amène-moi un enfant. » Mais personne ne répondit. Le père alla jusqu'à la chambre des enfants : elle était déserte. Aucune trace non plus du Fils.

Derrière la première dune le Fils s'arrêta un instant, laissant les cinq enfants passer devant lui. Il vit un moment planer, très haut, un oiseau. C'est de bon augure, pensa-t-il. Ils marchèrent toute la matinée puis, quand la chaleur fut trop forte, se posèrent sous l'un des rares arbres du désert. C'était un vieil olivier tout tordu, dont les branches lui rappelaient les membres déformés par l'arthrose du Père. Mais les enfants étaient trop fatigués pour chercher un autre abri. Tous burent une gorgée d'eau et se laissèrent couler dans le sommeil.

Il fut réveillé par les grelots des dromadaires. Toute une caravane avançait vers eux. L'homme qui montait la première bête s'adressa à lui :

Qui es-tu, et que fais-tu dans le désert avec cinq enfants ?

— Nous fuyons l'ogre, répondit-il. Du haut du minaret de la mosquée du village, on entrevoit au loin une cité. C'est là que nous allions, mais, maintenant que nous sommes partis, je ne sais si ce n'était pas un mirage.

Les villes vues entre ciel et dunes, comme les femmes espérées, existent bel et bien. Je vais t'indiquer le chemin de la prochaine oasis. De là, si ta cause est juste, Dieu guidera vos pas.

Tous les hommes de la caravane s'étaient assis en cercle. On avait fait résonner les tambours pour chasser les djinns. Un jeune Égyptien au regard flamboyant avait chanté dans sa langue de violentes chansons libertaires dont le fils n'avait pas compris le sens exact mais qui avaient la cadence d'appels à la révolte. La nuit tomba. Les enfants restèrent un temps éveillés à écouter les récits des voyageurs. Puis ils s'endormirent tous les cinq sous une couverture d'emprunt. Le Fils n'avait plus sommeil. Il avait pris le premier tour de garde. A ses côtés, les enfants avait le sommeil troublé. Le benjamin bougeait beaucoup en marmonnant des paroles inintelligibles. Soudain, il poussa un cri.

— Tu as fait un cauchemar, dit le Fils

— J'ai peur, Père, dit l'enfant 

— Ne crains rien, mon fils, ton Père est là, répondit le Fils de l'Ogre. 

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