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Max

 


« Mais enfin Philippe, ce n’est que pour quelques jours. Tu sais bien que l’hôtel n’accepte pas les chiens. Allez, donne-le à Catherine. Il va se reposer dans l’arrière-boutique et puis elle l’emmènera chez elle ce soir. »

Je sens la chaleur de Max contre ma poitrine, et c’est comme une supplique : « Ne me laisse pas ! » Ne t’inquiète pas mon chien, je ne vais pas te quitter. Je sais comment ça va se finir. La dernière fois aussi elle m’avait dit « pour quelques jours ». Le temps que je me repose. C’est ce que le psychiatre lui avait expliqué : « On va garder votre frère quelques jours, le temps qu’il se repose. » Mais ça a duré, duré… tellement longtemps. Tu as dû croire que je t’avais abandonné. Tu as dû gémir, toutes les nuits, tout seul, tu as dû rêver que tu étais à mon côté en boule sur mon lit, partageant ta chaleur avec moi.

« Philippe, ça fait des semaines que ta sœur prépare votre voyage. Tu étais d’accord. Donne-moi Max », exigea Catherine avec une pointe d’impatience.

Je n’ai pas confiance. D’abord, je me méfie de cet hôtel. Un lieu qui n’accepte pas les chiens est forcément suspect. Max jappe doucement. Il sent que l’atmosphère se tend. Je ne veux plus de ce voyage. C’était le plan de ma sœur, pas le mien. Soi-disant pour me changer les idées. Mais je connais la vraie raison. Elle veut me séparer de Max. On serait trop fusionnels, dit-elle. Ce n’est pas vrai, c’est juste qu’il a besoin de moi. Je ne peux pas l’abandonner une fois de plus. Il est encore traumatisé par la mort de Maman. Je lui avais promis de m’occuper de son chien quand elle ne serait plus là, et je l’ai promis à Max aussi. Mais je l’ai laissé à peine quelques jours après son décès, quand ils m’ont mis à l’hôpital. Il s’est senti abandonné deux fois. Plus jamais. Je connais ma sœur, je connais son objectif. Je ne tomberai pas dans le piège. Elle prend sa voix gentille, sa voix rassurante, mais je vois son visage haineux. Elle n’aime pas Max. Pas plus qu’elle n’aimait notre mère. Elle est heureuse qu’elle soit morte. Elle voudrait que Max le soit aussi.

« Philippe, tu es toujours avec nous ? » Oui je suis là et je vois clair dans ton jeu, sorcière. Ma propre sœur complote contre moi. Elle ne t’aura pas, Maxou, nous resterons ensemble, comme je l’ai promis à Maman. Mais je crois que j’ai pensé tout haut. Ma sœur a l’air paniquée. Catherine est gênée, ça se voit. Elle s’adresse à voix basse à ma sœur : « Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée finalement. Tu peux encore tout annuler ? »

Oui, qu’elle annule tout, et que je reste avec le chien de Maman, avec mon chien.

 

crédits image : Au loin s'en vont les nuages, Aki Kaurismaki

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  Ce blog est né d'un atelier d'écriture que je suis depuis quelques mois. On nous donne une phrase ou une image (sans contexte), et nous avons quarante minutes pour écrire ce que nous voulons avant de lire au groupe notre production. J'y ai pris goût et j'ai commencé à demander des images à mes amis pour écrire plus d'histoires. Vous trouverez sur ce blog essentiellement des textes écrits en quarante minutes, mais je n'exclus pas de publier des choses plus longues ou plus approfondies. N'hésitez pas à proposer des images !

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    Je suis illustratrice. Je préfère ce mot à dessinatrice car au moins on ne me demande pas si j’ai un travail à côté. J’illustre des albums pour enfants, je fais des couvertures de livres. En ce moment je prends pas mal de commandes de bannières ou de PP, ça ne rapporte pas beaucoup mais l’argent arrive vite, et comme la trésorerie est souvent à sec, ça fait du bien. Et bien sûr, quand j’ai fini le travail, je commence le vrai travail. Je prends mon bloc et mes crayons et je parcours la forêt de Chantilly en quête de jeux d’ombres et de lumières à saisir. Je dessine beaucoup de branches et de racines également. La multiplicité de leurs formes me fascine. Gorki m’accompagne dans toutes mes promenades studieuses. Il adore poursuivre la faune locale, totalement inconscient du ridicule d’un petit boudin à grandes oreilles courant derrière de gracieuses biches. Souvent je le dessine aussi mon adorable de Gorki, mon corgi d’amour. Enfin, je le dessinais. Le panneau prévenant de l...