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Salman Singh

 

Nous donnons chacune quelques mots.
Écrire un texte dans lequel un personnage raconte quelque chose qui vient de lui arriver en employant certains de ces mots.

« Harry, tu n’es toujours pas levé ? »


Encore tout ensuqué, Harry tenta de remuer son cerveau cotonneux.


« Désolé, je me suis couché très tard. J’accueillais une amie, tu la connais d’ailleurs, Ingrid, et il nous est arrivé hier soir quelque chose de fort improbable.

Nous étions sortis promener le hérisson. Devant l’ascenseur, nous avons remarqué qu’il y avait déjà quelqu’un, un homme qui attendait. J’ai tout de suite noté ses cheveux denses et frisés, presque aussi beaux que ceux d’Ingrid bien que moins crépus. Il était de dos, et à l’arrière de son blouson on pouvait lire « I Am The King Of The World ».

Ingrid s’est figée, puis elle a murmuré dans un souffle « Je crois que je le connais. » Elle avait l’air sur le point de s’évanouir. Quant à moi, j’étais confus. « C’est Salman Singh », a-t-elle dit à voix basse, visiblement agitée. « Qui ? » Mais en entendant son nom l’homme s’était retourné : bijoux en or sur sa peau sombre, il affichait un sourire presque aussi éclatant que les diamants qu’il portait à ses oreilles.
Il s’est avancé vers nous en faisant cliqueter tous ses ornements. « Vous voulez selfie ? » a-t-il demandé dans un français hésitant. Le visage d’Ingrid s’est illuminé. Toute joyeuse, cherchant un peu ses mots, elle se lance en anglais : « Oh yes, we would… » Mais à ce moment, Salman Singh a poussé un cri strident en montrant du doigt le hérisson : « Heeee ! Is this a rat ? »

Ingrid a bougé les lèvres, mais aucun son n’en est sorti. J’ai pris la parole :
—     Non, c’est Sonia. Pas d’inquiétude, elle ne mord pas.
—    Êtes-vous complétement fous ? a repris M. Singh. Je n’en peux plus de ce pays !
La porte de l’ascenseur s’est ouverte. Il s’y est engouffré sans que nous n’osions le suivre »


Harry reprit sa respiration. « Tu penses bien qu’on en a parlé toute la soirée. Ingrid m’a montré des vidéos de l’acteur indien. Car Salman Singh, ai-je fini par comprendre, était une star de Bollywood. Nous avons chanté ses chansons, phonétiquement, jusqu’à ce que les voisins tapent au mur. Quelle soirée ! — Il bailla bruyamment — Je suis épuisé ! »


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Présentation

  Ce blog est né d'un atelier d'écriture que je suis depuis quelques mois. On nous donne une phrase ou une image (sans contexte), et nous avons quarante minutes pour écrire ce que nous voulons avant de lire au groupe notre production. J'y ai pris goût et j'ai commencé à demander des images à mes amis pour écrire plus d'histoires. Vous trouverez sur ce blog essentiellement des textes écrits en quarante minutes, mais je n'exclus pas de publier des choses plus longues ou plus approfondies. N'hésitez pas à proposer des images !

Bleu ciel

Consigne : le texte doit commencer par la phrase suivante  « Ce peut être aussi cela l’existence ! Des miracles parfois, de l’or et des rires et de nouveau l’espoir quand on croit que tout autour de soi n’est que saccage et silence » (Philippe Claudel, La Petite Fille de Monsieur Linh )   Et pourtant, il n’y croyait pas. Il s’était porté volontaire par sens du service, parce qu’il savait que la plupart des survivants ne se sentirait pas la force de revenir. Lui, cette force, il l’avait. Il avait déjà fui sa ville, il y a longtemps de cela, laissant sous les gravats les corps de sa femme et de sa fille. Alors un désastre de plus, un désastre par lequel il n’était en outre que peu touché, n’étant que de passage dans cette bourgade aujourd’hui en ruines, qu’est-ce-que ça pouvait lui faire. En ruines, avait-il pensé. En cendre plutôt. Il ne restait à la verticale que quelques fragments de murs, les rares constructions en pierre, noires de suie. Il s’appuya sur...

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    Je suis illustratrice. Je préfère ce mot à dessinatrice car au moins on ne me demande pas si j’ai un travail à côté. J’illustre des albums pour enfants, je fais des couvertures de livres. En ce moment je prends pas mal de commandes de bannières ou de PP, ça ne rapporte pas beaucoup mais l’argent arrive vite, et comme la trésorerie est souvent à sec, ça fait du bien. Et bien sûr, quand j’ai fini le travail, je commence le vrai travail. Je prends mon bloc et mes crayons et je parcours la forêt de Chantilly en quête de jeux d’ombres et de lumières à saisir. Je dessine beaucoup de branches et de racines également. La multiplicité de leurs formes me fascine. Gorki m’accompagne dans toutes mes promenades studieuses. Il adore poursuivre la faune locale, totalement inconscient du ridicule d’un petit boudin à grandes oreilles courant derrière de gracieuses biches. Souvent je le dessine aussi mon adorable de Gorki, mon corgi d’amour. Enfin, je le dessinais. Le panneau prévenant de l...