Accéder au contenu principal

Articles

Exercice

 Lutte - démocratie - honnêteté -  équité - lutter - labyrinthe -  lampe - étoile - marcher -  joie - lâcher prise - liberté -  anniversaire - nièce - foyer Voici la liste des mots donnés par les participants à l'atelier, à utiliser, tous ou en partie, dans un texte commençant par "Aujourd'hui, j'ai une audition". *** Aujourd'hui, j'ai une audition . Le parti cherche un candidat à la députation dans ma circonscription. Le précédent élu a dû démissionner pour faits de corruption. Nos CV sont vite lus, mais ce qui compte surtout est la capacité à jouer les valeurs du parti : démocratie, honnêteté, équité... la liste n'est pas exhaustive. Elle s'enrichit suivant les demandes des électeurs pour que personne ne se sente oublié le jour du vote. Nous passons les uns après les autres, dans une petite pièce qui jouxte la salle d'attente. Je relis mes notes quand on appelle mon nom. Le jury est présidé par l'ancien député, assisté de deux membres émi...

La Poupée

  « Je parie qu’elle est possédée. Tu la poses dans ta chambre la nuit elle va dans la cuisine, prend un couteau, et égorge tout le monde » dit Joan en voyant la poupée. « Que tu es bête » répondit Francine. Elles étaient en train de vider le grenier de la maison familiale de Francine, car la mère de celle-ci, trop âgée pour rester seule, et refusant d’émigrer en métropole, allait être accueillie par une cousine à Saint-Esprit . « Cette poupée, c’était tout pour moi, reprit-elle. Tu sais que mon père n’était pas souvent à la maison. Il travaillait sur un bateau de croisière. Chaque fois qu’il revenait à Fort-de-France, il prenait cette poupée, allait en ville et lui faisait tatouer un dessin qui représentait un événement qu’il avait vécu au boulot. Le puma par exemple, c’était un millionnaire californien qui n’avait pas voulu embarquer sans son animal de compagnie. C’était encore un presque un chaton, mais il l’avait bien griffé. Il m’a montré ses cicatr...

Monsieur Ousmane

  Cela faisait des semaines qu'il me négligeait. Le courrier arrivait, s'entassait jour après jour et toujours il passait devant moi sans un regard. Et puis ce matin, quelque chose s'est produit. Il s'est arrêté devant moi, les yeux cernés mais le regard brillant. L'une après l'autre il a sorti chaque enveloppe, leur a jeté un rapide coup d’œil avant de les laisser glisser à terre. Chaque courrier sorti était un soulagement, j'étais remplie à ras-bord, la paroi tendue par le volume des lettres. Enfin, la sensation de ballonnement a disparu. Le dernier courrier est sorti. Mais son regard est toujours anxieux. J'ai le sentiment qu'il attend de moi quelque chose que je ne peux pas lui donner. Il demande d'un ton accusateur : « C'est tout ? » A mon humble avis, c'est déjà pas mal. Je me sens rougir de confusion. Il avance la tête vers moi et l'introduit dans ma bouche. Sentiment de choc. Il y a des limites à ce qu'une boîte aux lettre...

Gorki

    Je suis illustratrice. Je préfère ce mot à dessinatrice car au moins on ne me demande pas si j’ai un travail à côté. J’illustre des albums pour enfants, je fais des couvertures de livres. En ce moment je prends pas mal de commandes de bannières ou de PP, ça ne rapporte pas beaucoup mais l’argent arrive vite, et comme la trésorerie est souvent à sec, ça fait du bien. Et bien sûr, quand j’ai fini le travail, je commence le vrai travail. Je prends mon bloc et mes crayons et je parcours la forêt de Chantilly en quête de jeux d’ombres et de lumières à saisir. Je dessine beaucoup de branches et de racines également. La multiplicité de leurs formes me fascine. Gorki m’accompagne dans toutes mes promenades studieuses. Il adore poursuivre la faune locale, totalement inconscient du ridicule d’un petit boudin à grandes oreilles courant derrière de gracieuses biches. Souvent je le dessine aussi mon adorable de Gorki, mon corgi d’amour. Enfin, je le dessinais. Le panneau prévenant de l...

Les Romans

Aurore avait donné l’alerte : « Il n’a pas fermé la porte en partant ! » Ce fut un tourbillon de jupons dans l’escalier vers l’atelier. Ses sœurs Célestine et Rose, ses cousines Amélie et Renée, et Aurélie, la bonne amie de cette dernière, la suivirent derrière la porte aux lourds voilages. Le tableau en cours était décevant. Une vue d’Étretat au soleil couchant, rien qu’on ne leur eût interdit de voir. Mais l’atelier contenait un autre trésor : sa bibliothèque. D’après leur oncle, des traités sur la perspective et les couleurs, la théorie de l’art. Mais Aurore soupçonnait qu’il y dissimulait aussi des ouvrages plus intéressants. Rose fut la première à faire une découverte : Les Fleurs du Mal. Elle s’assit sur la banquette et commença la lecture : « La très chère était nue… » mais fut interrompue par sa jeune cousine qui riait déjà. Elle prit une mine sérieuse : « Cette édition n’est pas censurée. Je me demande pourquoi oncle Gustave en conserve un exemplaire. » Mais Amélie mit fin à s...

Le Trône

    Mon nom ? Serais-je assez fou pour donner mon nom à une étrangère ? Crois-tu que c’est en commettant ce genre d’imprudences que je suis parvenu sur ce trône ? Écoute donc l’histoire de ma vie, humaine, et puisses-tu t’en inspirer. L’histoire de mon père, je l’ignore totalement. Celle de ma mère, que puis-je en dire ? Une chatte des campagnes, qui mit bas dans une cave. J’avais sans doute des frères et sœurs, mais quand ma génitrice ne voulut plus de nous moi seul fut fait prisonnier par la vieille humaine qui logeait au-dessus. Elle me nourrissait peu, des restes de pâtes, un os de poulet, ou tout autre relief de ses repas quand elle y pensait. Je dû apprendre très jeune à gagner ma vie seul. Par chance, les mulots n’étaient pas rares dans le champ adjacent. L’humaine était très vieille. Anubis l’emporta six mois après ma capture. Anubis ? De quoi t’étonnes-tu, humaine ? Nous les chats côtoyons encore les anciens dieux, ceux auprès de qu...

A Nice Guy

    Cela faisait des mois qu’il lui faisait la cour, en parfait gentilhomme. En « nice guy », comme diraient les jeunes. Il l’avait plusieurs fois emmenée manger dans ce petit resto au bord du fleuve. Il s’était bien comporté. Comment aurait-il pu faire autrement sous le regard du futur beauf ? Car il était persuadé que celui-ci ne perdait pas une miette de la conversation. Il lui avait dit qu’elle été belle, en vers et en prose. Il lui avait même composé une petite sérénade pour flûte de pan. Il lui avait offert des fleurs, les premiers crocus du printemps puis des narcisses. Ce n’avait pas été une bonne idée, les narcisses. Elle avait pleuré. « Je le connaissait bien, avant. C’était un bon ami ». Il n’avait pas osé lui prendre la main pour la consoler. Il passait des heures à l’écouter parler de ses amies et des rivalités de cour d’école entre elles, tentait de retenir qui d’Ida ou de Callirrhoé avait le meilleur sens de la mode, qui de Tritée ou d’Eunoé nageait avec le plus...